Une ligne qui se creuse
Le sillon nasogénien relie l'aile du nez au coin de la bouche. C'est une ligne naturelle, présente chez chacun. Avec le temps, il se marque, se creuse, et finit par durcir nos expressions.
En consultation, beaucoup de personnes la désignent du doigt et il est une des premières causes de consultation pour le visage. Ce pli peut donner l'air fatigué, parfois sévère, et la demande est presque toujours la même : le combler.
L'approche la plus répandue, et sa limite
Combler le sillon avec de l'acide hyaluronique est la réponse la plus courante. On dépose du volume dans le creux, on remonte le niveau de la peau, le pli s'efface. En apparence, c'est logique.
Ça l'est moins quand on regarde de près la zone que l'on traite.
Le sillon n'est pas un simple creux. C'est une frontière. D'un côté la joue, de l'autre la lèvre et la région autour de la bouche. C'est aussi une zone de contraction musculaire, parcourue par une cassure de la peau qui s'imprime à force de mouvements répétés.
Quand on injecte du volume dans cette frontière, il ne reste pas sagement dans la ligne. L'idée même de la correction est de pousser le versant de la lèvre vers l’avant. On ajoute du poids là où la lèvre est déjà mobile, déjà sensible dans sa forme. Avec le temps, ce poids supplémentaire peut la déformer légèrement.
Combler le sillon équivaut donc à projeter le bord de la lèvre vers l'avant pour rattraper le niveau de la joue. On avance la projection de la lèvre pour effacer un pli. Bien que cela paraisse attrayant c’est à l’opposé du traitement de la cause du relachement.
Le sillon est une conséquence
Le pli qui se marque n'est pas le problème de départ. Il en est le résultat.
La cause se situe au-dessus. Avec les années, le tiers moyen du visage perd son soutien : la trophicité et l'élasticité de la peau diminue, la graisse également aboutissant à une descente relative de la joue qui s’impacte sur le sillon ( zone d’attache et frontière entre la joue et la lèvre ).
L'objectif n'est donc pas d'avancer la lèvre. Il faut faire reculer et remonter de la peau située au-dessus du sillon. Comment faire cela :
- en redonnant du soutien à la joue par la restauration du volume perdu
- en restaurant l'élasticité et la trophicité de la peau pour que la peau relâchée se remette en tension et ne s’impacte plus vers le bas.
Dans les deux cas, l'idée est de ne rien ajouter sur la lèvre. On traite la cause autant que la conséquence.
L'acide hyaluronique garde une place, mais laquelle
Tout cela ne veut pas dire qu'il faut bannir l'acide hyaluronique du sillon. Il faut distinguer ce qu'on lui demande.
Il y a, dans le sillon marqué, une vraie composante de peau : la cassure, le pli imprimé dans le derme lui-même. Pour celle-ci, un acide hyaluronique très fin, faiblement réticulé, a du sens. Non pour combler du volume, mais pour réhydrater la peau le long de la cassure et lui redonner de la souplesse. C'est un traitement de la qualité de peau, pas un traitement de volume. Et il s'accompagne presque toujours d'un autre geste régénérant sur la peau, car l'hydratation seule ne suffit pas à effacer une cassure ancienne.
La distinction est essentielle. Un acide hyaluronique de volume et un acide hyaluronique d'hydratation ne font pas le même travail, et ne se placent pas au même endroit. Les confondre, c'est risquer d'alourdir ce que l'on voulait alléger.
Pour les sillons très marqués, très creux, la réponse n'est donc pas le volume dans le pli. C'est le soutien plus haut, et le traitement de l'élasticité de la peau.
Une approche progressive
Ce raisonnement demande de la patience. Il est plus simple de remplir un creux et de constater un effet immédiat. Mais l'effet immédiat se paie parfois plus tard, en déformation au niveau de la lèvre. La zone finit par avoir trop de volume avec un effet alourdi.
Redonner du soutien là où il manque, traiter la peau là où elle est cassée, avancer par étapes : c'est une voie plus lente, mais qui respecte l'équilibre du visage. On ne cherche pas à faire disparaître une ligne à tout prix. On cherche à rendre au visage son architecture, pour que le sillon s'efface comme conséquence, et non comme cible.
En pratique
- Anesthésie : crème anesthésiante, parfois rien.
- Durée d'une séance : 15 à 30 minutes.
- Suites : reprise immédiate. Possibles rougeurs, œdème léger ou petit bleu pendant quelques jours.
- Produits : choisis selon l'objectif. Soutien du tiers moyen d'un côté, hydratation de la peau de l'autre. Jamais confondus.
- Résultat : progressif, évalué à distance, souvent en plusieurs temps.
- Durée : variable selon le produit et la zone, réévaluée en consultation.
Où consulter
- Hossegor, cabinet Vidasana, 219 avenue de Pédebert, 40150 Hossegor. Consultations et suivi.
- Saint-Jean-de-Luz, polyclinique. Consultations.
- Paris, 188 avenue Victor Hugo. Consultations deux jours par mois.
Questions fréquentes
On m'a proposé de combler mes sillons. Est-ce une erreur ? Non. C'est l'approche la plus répandue, et elle donne souvent un résultat visible. Mais elle a une limite, surtout sur les sillons profonds : le volume placé dans le pli déborde vers la lèvre et peut l'alourdir avec le temps. C'est pourquoi, quand le sillon est marqué, mieux vaut redonner du soutien plus haut que remplir le creux.
Pourquoi ne pas simplement remplir le pli ? C'est plus direct. Parce que le pli est une frontière, pas un simple creux. Le remplir revient à pousser la lèvre vers l'avant pour rattraper le niveau de la joue. On déplace le problème au lieu de le traiter. Faire reculer le sillon, en soutenant la joue, respecte mieux l'équilibre du visage.
L'acide hyaluronique est-il déconseillé, alors ? Non, mais tout dépend de ce qu'on lui demande. Un acide hyaluronique fin, hydratant, à sa place pour traiter la cassure de la peau dans le sillon. Un acide hyaluronique de volume, lui, n'a pas sa place dans le pli lui-même. Ce sont deux produits et deux objectifs différents.
Est-ce que cela va déformer ma lèvre ? C'est précisément le risque que cette approche cherche à éviter. En ne plaçant pas de volume dans le sillon, on ne charge pas la lèvre. Elle garde sa forme.
Est-ce douloureux ? Peu. Une crème anesthésiante suffit le plus souvent. Quelques rougeurs, parfois un petit bleu, disparaissent en quelques jours.
Verra-t-on que j'ai fait quelque chose ? L'objectif est l'inverse. On ne cherche pas à effacer une ligne à tout prix, mais à redonner au visage son soutien. Quand c'est bien fait, on ne voit pas que ça a été fait. On vous trouve reposé, sans savoir pourquoi.
Combien de temps dure le résultat ? Cela dépend du produit et de la zone. La durée et le rythme des séances se décident en consultation, après analyse de votre visage.
À partir de quand faut-il y penser ? Quand le sillon devient une gêne, pas avant. Il n'y a pas de bon âge, seulement un bon moment, et une bonne raison.
Chaque visage a son architecture. Le geste juste n'est pas le même d'une personne à l'autre, et il ne se décide pas sur une page. Il se décide en consultation, après avoir regardé, compris, et nommé ce qui peut être fait — et ce qui ne devrait pas l'être.
Page rédigée par le Dr Mihai Gorj, chirurgien plasticien spécialiste en techniques mini-invasives, consultant à Hossegor, Saint-Jean-de-Luz et Paris.


